Les enjeux de la fracture numérique
entre le Nord et le Sud

4 Solutions envisagées

Au cours des dernières années, et spécialement pendant la période de la bulle spéculative sur les nouvelles technologies, le sujet de la fracture numérique a été longuement étudié, et à cette occasion de nombreux projets se sont formés pour tenter de résoudre ce problème. S'il est impossible de tous les mentionner, nous en évoquerons certains qui sont caractéristiques, et donnent un bon apperçu des directions prises, et de l'ampleur des difficultés.

4.1 Matériel

4.1.1 Le Simputer

Le Simputer est un ordinateur portable de faible coût, destiné à équiper en priorité les pays en développement (le projet cible l'Inde dans un premier temps). Le prix de la machine (environ 200 $) est bien supérieur aux moyens d'individus isolés, mais ses concepteurs l'imaginent comme un outil partagé par une communauté (par exemple un village, une école...). Le Simputer est relativement puissant, et conçu pour être utilisé par une population illettrée. Ses spécifications sont diffusées sous une licence libre, et le système d'exploitation utilisé est également libre (il s'agit de GNU/Linux).

Le Simputer est un projet ambitieux, qui s'attaque à de nombreux obstacles simultanément. Il doit permettre d'équiper des populations pauvres, être suffisamment puissant pour répondre à de nombreux besoins, et être utilisable par des illettrés sans formation particulière. En plus de ces contraintes, il doit répondre à des besoins réels des populations visées, qui restent à préciser (le projet mentionne la gestion de micro-crédits, répandus en Inde par la Grameen Bank, l'apprentissage de la lecture...)

4.1.2 Globenet Sud

Globenet Sud est un projet de l'association Globenet (hébergement associatif citoyen) visant à installer l'infrastructure nécessaire à l'hébergement de sites associatifs en Afrique sub-saharienne. Actuellement, la plupart des infrastructures se trouvent physiquement dans des pays occidentaux, un africain voulant héberger un site doit alors transiter par les États-Unis ou l'Europe, en utilisant une connexion lente et coûteuse. Ce projet permettra donc de favoriser l'indépendance des associations africaines et le transfert des compétences techniques.

4.1.3 Taxe sur le matériel

Dans une tribune parue dans Le Monde, Abdoulaye Wade, président du Sénégal, souligne l'importance de réduire la fracture numérique, et d'empêcher que le continent qui a donné naissance à l'écriture se retrouve mis à l'écart du savoir mondial. Pour y arriver, il préconise l'instauration d'une taxe sur les ordinateurs et les communications, afin de financer des équipements pour les pays du Sud.

Il faut remarquer que la solution proposée passe par l'achat de matériel aux prix des pays du Nord, ce qui implique de largement doubler la production de machines, et nécessitera beaucoup d'argent. On peut douter qu'une telle taxe suffise à dégager assez de financement. Mais surtout, cela reviendrait à intégrer les pays du Sud dans un modèle de consommation intensive de matériel, qu'il faut renouveler régulièrement sous peine de le voir devenir inutilisable.

Nous pensons que cette solution n'est pas raisonnable, bien qu'une telle taxe soit envisageable. Il est actuellement difficile d'extraire et recycler les métaux rares des machines, et en doubler la production n'est pas une solution. Il vaudrait nettement mieux mettre un frein à la surenchère de puissance nécessaire pour effectuer certaines tâches (un ordinateur pouvant accéder à Internet il y a cinq ans ne le pourrait plus aujourd'hui dans de bonnes conditions), et organiser le recyclage des machines existantes et inutilisées, à destination des pays en développement. Aujourd'hui, des associations ont commencé ce travail de récupération.

4.1.4 Connexion à Internet

Le 28 mai 2002, le président Abdoulaye Wade a inauguré à Dakar une liaison sous-marine à fibre optique reliant l'Afrique à l'Asie et l'Europe. Ce projet, initié par 36 opérateurs de 32 pays, est un pas important vers la connexion de l'Afrique au réseau mondiale, et devrait permettre de fournir un débit raisonnable lors de communications inter-continentales.

4.2 Logiciels

4.2.1 Logiciels propriétaires

L'intérêt des éditeurs de logiciels propriétaires pour les pays en développement est notable : il s'agit d'un marché énorme à plus ou moins court terme, et les premiers qui s'y positionneront auront un avantage certain. Citons à ce sujet un extrait d'une assemblée générale de l'ONU :
Répondant à l'appel du NEPAD, des grandes entreprises du secteur privé comme Microsoft, Cisco, Hewlett Packard et Tiscali, ont participé à la Conférence organisée à Dakar au mois d'avril dernier sur le « Partenariat avec le secteur privé pour le financement du NEPAD , a dit le Président Wade en soulignant que ces entreprises ont clairement ainsi manifesté leur souhait d'accompagner l'Afrique dans sa passionnante aventure technologique.
De même, Microsoft multiplie depuis quelques années les interventions médiatisées dans des pays comme l'Inde, offrant des millions de dollars de licences de logiciel (offre qui fait économiser de l'argent à l'Inde, mais qui ne coûte rien à l'éditeur) et en matériel.

Sous des apparences généreuses, il s'agit bien sûr de s'imposer sur ce marché avant ses concurrents. En effet, un utilisateur du système d'exploitation Windows® de Microsoft aura tendance à rester sous ce système aussi longtemps que possible. De fait, utilisant la suite bureautique du même éditeur, il incitera ses correspondants à acheter les mêemes produits, pour pouvoir lire les documents qu'il envoie. L'intérêt pour l'éditeur est donc de s'implanter le plus vite possible, quitte à offrir des licences dans un premier temps. Dans cette même optique, de nombreux projets visant à équiper les universités dans le monde de logiciels propriétaires apparaissent de jour en jour, dans les pays développés comme dans les pays en développement.

4.2.2 Logiciels libres

Créés dans les années 1980 en réaction au modèle propriétaire, les logiciels libres présentent les caractéristiques suivantes : Les avantages des logiciels libres dans le cas qui nous intéresse sont innombrables. En effet, le simple fait de pouvoir installer ces logiciels sur un nombre quelconque de machines est un avantage considérable : un seul CD-ROM, que l'on se procure de la manière de son choix, pourra servir à équiper toute une région, à un moindre coût. Alors que le coût des licences propriétaires est prohibitif, et incite les gens à effectuer des copies illégales, les logiciels libres permettent de s'équiper à moindre coût en toute légalité.

De plus, la possibilité de lire le code source d'un logiciel est indispensable dans une optique de partage des connaissances. Le meilleur moyen pour un informaticien d'apprendre à maîtriser les NTIC et à développer pour elles n'est pas d'assister à de coûteuses formations, mais bien de lire le code source écrit par ses prédécesseurs. L'accès au code source et la possibilité de modification permet aussi de facilement « localiser » et traduire les logiciels, ce qui résoud un des problèmes évoqués plus haut.

Enfin, l'utilisation de logiciels libres permet de ne pas se rendre dépendant vis-à-vis d'une entreprise étrangère et de ses logiciels. Pour les gouvernements, il s'agit de s'assurer que les logiciels ne contiennent pas de porte dérobée (ou backdoor) en en étudiant le code source, et pour les particuliers, il s'agit d'avoir la certitude de conserver le contrôle de ses propres données.

On notera que de nombreux projets de développement des NTIC dans les pays du Sud basent leurs stratégies sur l'emploi des logiciels libres. Nous citerons par exemple le Simputer, la création d'une association Africaine des utilisateurs de logiciels libres, ainsi que de nombreux projets de traduction et de localisation de logiciels libres dans des langues africaines.

Le fait que les logiciels libres soient désormais considérés comme une solution viable provoque de violentes réactions parmi les éditeurs de logiciels propriétaires, en particulier Microsoft, qui semble se sentir de plus en plus menacé. En effet certains gouvernements, à commencer par celui du Pérou puis l'Espagne, s'orientent vers une solution entièrement libre.

4.3 Formation

Plusieurs associations comme Africa Computing organisent et animent des ateliers de formation dans les pays en développement. Africa Computing fournit des cours d'administration (de systèmes GNU/Linux), de maintenance, d'architectures de réseaux...

En plus ce des missions de formations, il est nécessaire de traduire dans les langues locales les documentations techniques les plus importantes, qui n'existent souvent qu'en anglais, français ou allemand.


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