Les enjeux de la fracture numérique
entre le Nord et le Sud
2 État du développement des NTIC
2.1 Quels critères considérer ?
Il existe de nombreux aspects de ce que l'on appelle « fracture numérique », en anglais digital divide. On peut par exemple considérer les critères suivants :- Nombre d'utilisateurs :
- Il s'agit du nombre (ou du pourcentage de la population) qui utilise les NTIC. On peut considérer les disparités du nombre d'utilisateurs entre les pays, ou bien entre les différentes catégories sociales d'un même pays.
- Infrastructures :
- Les infrastructures nécessaires à l'utilisation des NTIC sont elles en place, et abordables ? Les pays disposent-ils de réseaux téléphoniques fiables ? Ces réseaux ont-ils une bonne couverture ? Les gens ont-ils accès à du matériel informatique, des téléphones ?
- Éducation :
- Les populations sont-elles alphabétisées ? Si oui, savent-elles utiliser les NTIC ? Les gens ont-ils accès à des formations, et sont-elles abordables ?
- Intérêt :
- Existe-t-il du contenu dans les langues locales, qui répond aux besoins et aux attentes des populations ? Les populations sont-elles intéressées par l'usage des NTIC ? Les contenus sont-ils abordables ?
2.2 Quelques chiffres
2.2.1 Nombre d'utilisateurs connectés
Le critère le plus simple (mais assez vague) permettant d'évaluer l'accès aux NTIC est le nombre d'utilisateurs connectés à Internet. Les utilisateurs connectés sont ceux qui possèdent un ordinateur et une connexion à Internet, ou qui peuvent en profiter d'une manière, par exemple par l'intermédiaire d'un cybercafé, d'un proche... La table 1 présente le nombre d'utilisateurs d'Internet par continents, alors que la figure 1 en présente la répartition par pays. On remarque immédiatement une très forte distinction entre les pays du Nord et du Sud.
| Total | 605,60 millions |
| Europe | 109,91 millions |
| Asie/Pacifique | 187,24 millions |
| États-Unis et Canada | 182,67 millions |
| Amérique latine | 33,35 millions |
| Afrique | 6,31 millions |
| Moyen Orient | 5,12 millions |
Source: http://www.nua.com/surveys/how_many_online/index.html
Figure 1 - Nombre d'utilisateurs d'Internet par pays
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Source: CIA World Factbook 2002
Figure 2 - Progression des utilisateurs connectés entre 1995 et 2000
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Source: http://www.bridges.org/spanning/chpt2.html
2.2.2 Lignes téléphoniques
La pose de lignes téléphoniques, nécessaire à l'apparition de réseaux de télécommunication, dépend des choix d'entreprises privées, et de leur envie de se positionner sur ce futur marché. Par exemple, France Télécom dispose de plusieurs filiales dans des pays d'Afrique et du Moyen Orient, dont l'Afrique du Sud, le Botswana, la Côte d'Ivoire, etc. La figure 3 montre l'état des réseaux téléphoniques dans le monde. Nous pouvons constater le même type de disparités que précédemment.
Figure 3 - Nombre de lignes téléphoniques en service
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Source: CIA World Factbook 2002
2.3 Les causes de cet écart
2.3.1 Le coût
Le coût d'accès aux technologies est évidemment le premier facteur en cause. Tout d'abord, le coût du matériel, qui est bien superieur aux moyens de la population des pays en développement, réserve ce matériel à une élite. Ensuite, le coût de connexion est prohibitif, et est encore accentué par les faibles débits disponibles, qui prolongent le délai nécessaire pour accéder à l'information. La plupart des serveurs étant situés dans les pays du Nord (majoritairement aux États-Unis et dans certains pays d'Europe), un Africain payera plus cher à la seconde, et mettra plus de temps à accéder à une page qu'un Européen. On peut à ce sujet citer l'US Internet Council : « Le coût de connexion mensuel en Afrique est supérieur au revenu mensuel d'une portion conséquente de la population ».2.3.2 Le niveau d'éducation
Dans des pays où l'illettrisme touche parfois plus de la moitié de la population, où peu d'enfants vont à l'école primaire, et encore moins au collège, on ne s'étonnera pas que le niveau d'éducation soit un obstacle à l'utilisation des NTIC. Avant même de s'intéresser à la formation aux NTIC, il faut d'abord remarquer que beaucoup de ces populations ne pourront pas tirer réellement parti de ces technologies avant de savoir lire et écrire. Certains projets tentent de résoudre ces deux problèmes simultanément, comme le Simputer.2.3.3 L'adéquation des contenus
Internet étant un produit des pays du Nord, la quasi-intégralité des contenus est disponible uniquement dans quelques langues européennes, principalement en anglais. De plus, bien qu'immatériel, ce contenu est très « localisé », c'est à dire qu'il sera plus difficilement compréhensible, ou n'aura pas le même intérêt, pour quelqu'un d'une autre culture et parlant une autre langue. Pour illustrer ce fait, prenons l'exemple d'un manuel d'apprentissage de la lecture français, qui aurait été traduit et utilisé dans un pays d'Afrique. Le contenu n'ayant pas été « relocalisé », le livre serait remplis d'exemples parlant d'enfants jouant à la luge dans la neige, ou autres exemples ne « parlant » pas du tout à des enfants Africains.Enfin, l'accès à Internet étant très faible dans les pays en développement, cela limite le nombre de personne produisant du contenu intéressant et localisé. Difficile aussi de voir Internet comme un outil de communication « locale » quand seule une partie de la population y a accès. Il s'agit d'un cercle vicieux, car Internet n'est intéressant que quand suffisamment de personnes y produisent du contenu.